Présentation de l'éditeur
Le succès considérable du Traité d'athéologie de Michel Onfray a contribué à répandre l'idée que les trois monothéismes sont fondés sur " une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir, etc. " La violence de la charge et son large écho auprès du public ont décidé Irène Fernandez à prendre la plume contre Michel Onfray. Mettant de côté les questions de croyance personnelle (qui relèvent de la liberté de chacun), en sa qualité de philosophe et de théologienne, elle pointe les nombreuses erreurs historiques et philosophiques qui émaillent ce livre, et fait ici la démonstration qu'il existe une incontournable alliance entre la foi et la raison. Elle relève le regard singulièrement passéiste que ce Traité d'athéologie véhicule sur la femme et, à Michel Onfray, qui ne semble pas l'avoir compris, elle explique clairement ce qu'est une religion. Car, pour Irène Fernandez, " il n'est pas question de laisser passer une pareille agression sans marquer le coup. "Tendre l'autre joue" est une maxime qui concerne les injures qui vous sont faites personnellement, et non celles qui visent, comme ici, l'honneur même de tous les croyants. "
Biographie de l'auteur
Ancienne élève de l'École normale supérieure, Irène Fernandez est agrégée de philosophie et docteur ès lettres. Elle a été membre du comité de rédaction du Dictionnaire critique de théologie, PUF, 1998. Elle est l'auteur de : Et si on parlait du Seigneur des anneaux, Presses de la Renaissance, 2002, et Mythe, Raison ardente. Imagination et réalité selon C. S. Lewis, éditions Ad Solem, novembre 2005.
On peut dire ce qu'on veut d'Onfray, mais il accepte au moins que d'autres pensées que la sienne existent. L'important est de savoir ce que l'on pense et de se donner les moyens de mettre en question(s) ses idées.
J'ai été "éduqué" j'ai les curés et les frères.
Irène Fernandez a-t-elle été "éduquée" chez les soeurs ?
Dans l'affirmative, je lirai son livre.
Dans le cas contraire: shut up!
Cela était posé, j'ai dévoré le Traité d'athéologie et... la préface de la Puissance d'exister. La pensée hédoniste m'intéresse mais quand Michel Onfray se mêle de politique !!!!!!!!! Et ça continue sur son blog. LA-MEN-TA-BLE.
Envoyé à Michel Onfray :
Après avoir lu le Traité d’athéologie et y avoir trouvé un grand intérêt, je me suis fait offrir, pour Noël ( !), la Puissance d’exister.
Votre livre m’a intéressé mais de trois façons différentes.
I. En lisant la Préface j’ai revécu ce que j’avais vécu – en moins « hard » que vous sûrement - une dizaine d’années avant vous.
Parce que je ne travaillais pas à l’école, dixit mes parents, en 6ème, ils m’ont mis « en pension » chez les Lazaristes à Lyon. Nous habitions Lyon et les Lazaristes étaient à, disons, une demi-heure de trolleybus de chez mes parents. Je devais arriver pour 7 heures et demie le lundi pour repartir à midi le samedi. Le matin, lever à 6 heures au son de « Au nom du Père, etc. Bénissez la journée qui commence, etc. » - ou quelque chose d’approchant. Puis « étude ». Pour faire quoi ? On ne nous l’a jamais expliqué. Alors je faisais – nous faisions – semblant d’étudier. Par exemple, le regard posé sans lire sur la Vie catholique illustrée qu’on nous obligeait à acheter chaque semaine – probablement pour divertir notre menu argent de poche vers quelque chose de plus chrétien que les chewing-gums ou les mistrals.
La semaine qui précédait les premières vacances – celles de la Toussaint – j’ai eu de fréquentes quintes de toux en particulier la nuit au dortoir. Heureusement, la semaine allait être plus courte : les vacances commençaient le vendredi à midi. Le (Cher) Frère Blin, surveillant du dortoir des 6èmes et 5èmes – et qui m’enseignait aussi le français, les maths, l’histoire géographie et probablement d’autres matières encore – décida de me mettre en retenue parce que je « toussais à gorge déployée ». Le (Cher) Frère Théodore, responsable de la discipline, trouva bien ce motif curieux mais refusa de déjuger son (Con)frère.
L’année scolaire suivante, en 5ème, j’étais demi-pensionnaire à l’Externat Saint-François à Chambéry – mes parents avaient déménagé - mon père ayant eu une promotion. C’était en 1956. Tous les prêtres, qui nous encadraient de leurs pieux sermons à l’époque, ont plus ou moins rapidement quitté la soutane pour fréquenter d’autres robes. Je dois être juste : l’un d’eux, m’a-t-on dit, porte encore l’habit et finit ses jours en jouant de l’orgue à la basilique de Myans sous le Granier. Des tas de choses étaient dites sur ces prêtres parmi les élèves. On parlait de caresses, d’attouchements. Je n’ai pas vu les choses sous cet angle – mais j’étais quelqu’un de naïf peut-être de niais. Par contre, des brutalités, j’en ai été témoin. Par exemple, tel Père arrachant les cheveux d’un élève au-dessus des oreilles en criant : « Enlevez ces mains ! » Et quand le malheureux, n’en pouvant plus, ôtait les mains qui protégeaient ses oreilles, il recevait une double claque qui aurait pu lui éclater les tympans. Je jure avoir vu une bonne douzaine de fois cette scène pendant les deux années que j’ai passées dans cette école. On tapait aussi sur les doigts, on giflait bien sûr. Tout cela faisait partie du quotidien. On devait aussi se confesser. Pas de confessionnal, pas d’anonymat. On avait le choix entre… nos professeurs ! Et très vite la question redoutée arrivait : « Pas de péchés d’impureté ? Seul ou avec d’autres ? » Il était évident que le confesseur éprouvait de la jouissance à questionner ses élèves. On se le racontait. Il y avait aussi la visite médicale annuelle, dans le bureau du Père Supérieur. Chacun son tour, on entrait en slip pour être examiné par le médecin. Le Père Supérieur lui servait de secrétaire et remplissait les dossiers. Il connaissait les désordres les plus intimes de chaque garçon.
En 1958, mes résultats étant mauvais, on m’a mis chez les Frères des écoles chrétiennes pour redoubler la classe de 4ème. La Motte-Servolex est à 5km de l’endroit où habitaient mes parents. On m’emmenait en voiture le dimanche soir et je revenais en car ou à pied le samedi soir. Du moins, en principe. Car très souvent j’étais collé. Non pas pour indiscipline – pendant toutes ces années j’ai toujours été un élève discipliné. Mais nous avions une « carte » sur laquelle on nous enlevait des points pour les motifs les plus variés. En dessous d’un certain nombre de points, on ne sortait pas le samedi soir mais… le dimanche matin. Cela signifiait que l’on passait toutes les nuits au pensionnat pendant deux, trois, quatre semaines voire plus. Et pour ceux qui habitaient loin l’impossibilité complète de rentrer. Je garde surtout le souvenir du (Cher) Frère Directeur : une brute totale. Je l’ai vu maintes fois jeter à terre un élève puis le frapper à coups de pied : Klaus Barbi torturant Jean Moulin. Le même Frère Directeur rassemblant chaque semaine tous les élèves pour leur faire un sermon interminable contre le communisme soviétique, pour la charité chrétienne, pour l’église… Sermon qui lui permettait d’épingler tel ou tel d’entre nous. J’ai même eu droit à être cité devant tout le monde par ce Cher Frère : je m’asseyais sur mon lit quand je m’habillais ou me déshabillais et cela « abîme le sommier quand on fait 100kg »
Heureusement, l’année suivante, je suis entré en seconde dans un lycée « plein de profs communistes » aurait dit le Cher Frère Directeur. Mais, là, on pouvait enfin respirer.
2. Après la Préface, j’ai suivi attentivement votre cours critiquant l’historiographie dominante. C’est vrai, je n’en étais pas vraiment conscient, mais à la suite de l’enseignement chrétien de mes jeunes années, il n’y a pas vraiment eu coupure. Platon, Descartes, Kant : les bons. Epicure, Nietzsche : les mauvais. L’âme, le corps. Les idées, les sentiments. Avant de lire votre ouvrage, le mot « hédonisme » n’était quand même pas pour moi synonyme de « culturisme » mais pas loin – même si je ne l’avouerais pas en public !
J’avais entendu l’entretien que vous aviez accordé à Espace 2. Aussi n’ai-je pas été surpris lorsque j’ai lu votre, disons, « mise en cause » du devoir d’aimer son prochain ou d’avoir des enfants.
Comme dans le Traité d’athéologie, j’ai l’impression que vous exprimez des choses que j’ai toujours ressenties en moi de façon diffuse. Sur le premier point je serais probablement plus radical que vous : je ne tuerai pas telle personne que je hais parce que l’éventualité d’être puni pour avoir éliminé une crapule m’est insoutenable. Et pourquoi devrais-je aimer quelqu’un de haïssable ? On voit ce qui me reste des principes religieux que l’on m’a inculqués ! Même si mon Premier Prix Diocésain de catéchisme (mais oui !) m’est d’une grande utilité dans les conversations…
Pour ce qui est des enfants, j’ai lu Michel Onfray trop tard… A moins qu’il ne soit né trop tard ou moi trop tôt. J’ai un fils et deux petits-enfants. Mais le bonheur qu’ils me procurent ne compense pas l’inquiétude que me donne le Monde à leur sujet.
Si J’ai choisi aimer son prochain et avoir des enfants, c’est que ces deux points illustrent bien ce que la vie que j’ai vécue chez les « frères » ou les « pères » a entraîné dans ma vie d’adulte. On m’a aussi prêché la valeur de l’exemple. Et la leçon je l’ai retenue. Vous montrez très bien dans votre livre pourquoi la hiérarchie catholique fait l’éloge du célibat pour les religieux tout en condamnant toute forme de contraception pour les fidèles. A mon niveau, je m’étais « contenté » de constater l’inacceptable « faites ce que je dis mais pas ce que je fais ». Si la vie de quelqu’un est le contre-exemple de ce qu’il prêche, cela disqualifie son discours. Et pour l’Eglise, cela vaut pour les enfants, pour l’amour du prochain, et plus largement – et pour toutes les « églises » les commandements et « Tu ne tueras pas » en particulier.
Mon chien est mort il y a trois jours. Je suis triste. Mais ce n’est pas lui qui est mort : c’est le période de ma vie pendant laquelle j’ai entretenu une relation avec lui. C’est pourquoi la disparition de tel acteur ou de tel personnage public m’affecte car se finit avec lui la période de ma vie qu’il a marquée, en bien ou en mal d’ailleurs, sans que nous ne nous connaissions.
Aussi faut-il vivre l’instant présent c’est vrai.
3. J’en arrive au troisième aspect de votre ouvrage, celui traite de la politique. Et singulièrement de la politique française : TCE et élection présidentielle.
Bien sûr, j’ai aussi lu votre article dans le journal Libération.
Je suis pas certain de bien voir la « filiation » entre votre « philosophie » et vos positions politiques.
Concernant le TCE, j’entendais récemment Olivier Besancenot s’insurger : « Dans l’Europe, le Luxembourg a autant de poids que la France ou l’Allemagne ». Précisément le TCE veut changer cela. Si on refuse le TCE, c’est le statu quo. Ou alors qu’on dise que l’on veut revenir sur la signature de la France dans les traités existants. J’habite près de la Suisse. Christoph Blocher, conseiller fédéral, et son parti, l’UDC, lorsqu’ils parlent de négociations avec l’Union Européenne, disent : « on prend ce qui est bon pour nous, on laisse le reste ». Sur ces bases-là, aucun traité, aucun accord, aucune convention n’est possible ni entre la Suisse et l’Union Européenne, ni entre les Pays de l’Union, pas plus qu’entre les Palestiniens et les Israéliens. Vous dites qu’il y a de la haine chez les Français qui ont voté « oui ». Mais on a plutôt l’impression que chez les gens de gauche qui ont voté « non » un « citoyen » c’est quelqu’un qui habite et vote en France ou aux Pays-Bas – pays qui ont rejeté le traité constitutionnel en 2005. Les autres ne méritent pas d’être appelés ainsi.
Dire que le TCE, c’est la constitution de Giscard d’Estaing… Je suis surpris : Giscard d’Estaing présidait la commission du Parlement européen chargée de rédiger la constitution, les membres appartenaient à tous les partis de tous les pays de l’Union. Beaucoup, même parmi ceux qui ont appelé à refuser le TCE, reconnaissent que Giscard d’Estaing a bien présidé la commission. Michel Onfray, lisez les commentaires des députés européens qui font leur travail de compte-rendu.
Pour faire vite, je ne prends qu’un point significatif. Le choix est entre « concurrence libre », Maastricht-Nice, et « concurrence libre et non faussée », TCE. Le choix ne peut pas être entre « concurrence libre » et « économie sociale » car jamais une majorité ne se fera sur le texte ! Et dans un avenir « raisonnable » encore moins. Allez parler de « socialisme » aux habitants des ex-« démocraties populaires »… Ils sont, mille fois hélas, beaucoup plus tentés par l’extrême droite.
Souvenons-nous des sourires de Le Pen et de Villiers au soir du 29 mai 2005. Sont-ils vraiment bêtes au point de ne pas comprendre qu’ils avaient perdu ?
A propos de tous ceux qui ont consciencieusement lu et annoté le projet de TCE, vous connaissez un seul texte – loi, règlement – qui résisterait à une étude aussi minutieuse ? Surtout pas la Constitution de la République française.
Votre propos opposant capitalisme et libéralisme est très enrichissant. Vous seriez pour le capitalisme, moyens de produire des richesses et contre le libéralisme, moyen de les répartir.
C’est vrai, il est incohérent d’être contre le capitalisme et d’exiger qu’il crée des emplois ou n’en supprime pas.
J’aurais aimé pourtant que vous distinguiez le capitalisme, moyen de production et le capitalisme purement financier, spéculatif. Une distinction entre « je suis actionnaire d’une entreprise qui, grâce à mon argent et par le travail de ses salariés, produit des richesses » et « je mise 100€ et je récupère 120€ ».
Mais il n’y a pas que le problème des moyens de productions : il y a aussi ce qui est produit. Le travailleur est-il fondé à ne s’intéresser à son emploi uniquement dans l’optique de la satisfaction de ses besoins sans s’occuper de ce qu’il produit : armes, gadgets, services inutiles, produits néfastes à la santé, etc. ?
Concernant le libéralisme, si vous n’aviez pas peur d’être taxé d’anti-américanisme, ne diriez-vous pas plutôt que vous êtes contre le modèle américain dominant ? Et ce n’est pas en se retranchant dans notre petit village gaulois qu’on luttera contre. C’est en luttant au quotidien contre l’impérialisme culturel ambiant. Un exemple, un jeune porterait-il un T-shirt ( !) blanc avec écrit dessus en rouge : « Embrasse-moi » ? Non ! Mais « Kiss me » ça change tout ! Un autre exemple : demandons à des jeunes leurs plats préférés. Réponse : big mac, pizza, kebab, spaghetti bolognaises, couscous, etc. Quelques instants plus tard, ils diront que la cuisine française est la meilleure, cocorico.
Je ne crois pas que le libéralisme soit essentiellement mauvais. En tant que moyen d’échange entre les hommes il doit être « non faussé » et régulé par le politique.
Le libéralisme militant de Thatcher – qui tenait lieu de politique – a été un désastre, par exemple, pour l’efficacité (prix, sécurité, service rendu) du réseau ferroviaire britannique. Je ne suis pas certain que dans le domaine des télécommunications il faille être aussi négatif : les factures de téléphone ont sérieusement baissé et le service ne s’est pas détérioré. Pour les services publics le politique doit imposer un cahier des charges précis et contraignant. Evidemment si le politique c’est Sarkozy…
Cela me mène à l’élection présidentielle.
Vous avez déclaré qu’en cas de second tour Sarkozy-Le Pen il faudrait appeler à la « grève générale ». Et là je reviens à votre livre. Vous manifestez une grande méfiance à l’égard des syndicats français. Vous préférez les « coordinations ». Je ne partage pas du tout votre point de vue : une « coordination », c’est comme un lobby. On défend ses intérêts. Comment faire cohabiter des travailleurs de la SNCF et des routiers salariés ? Les syndicats le font – certes difficilement. Mais là n’est pas la question. Qui peut appeler à la « grève générale » ? Une coordination ?
José Bové est candidat. Bien. Veut-il être élu ? Ou veut-il simplement « faire x% » ? Même question pour Besancenot, Laguiller, etc. Espèrent-ils « peser » de leur x% sur les candidats au second tour ? Les électeurs de gauche ont-ils « pesé » sur Chirac élu avec leurs voix en 2002 ? Pourquoi en serait-il autrement avec Sarkozy et même Ségolène Royal ?
Le problème est, malheureusement, plus simple : donne-t-on tous les pouvoirs à Sarkozy – celui qui fait le baise-main à Bush ?
Morcelée comme elle est, je suis pessimiste pour la Gauche. En effet, chacun veut l’union à condition qu’elle se fasse sur un programme : le sien. Nous sommes dans un pays où tout le monde vote et pour être adopté un programme doit emporter une majorité.
José Bové est pour la fabrication de féta en France mais contre la fabrication de Roquefort en Grèce (Je sais, c’est simpliste, et je m’en excuse). Le Pen serait d’accord aussi. Sur ces bases, on peut emporter une majorité contre le TCE. Peut-on gagner une élection présidentielle ?
Le coup de l’enfant puni, ça a dû surprendre les lecteurs de ce blogue, mais je l’ai subi moi aussi. J’en parle dans un livre qu’il m’a fallu écrire pour me libérer de ce passé. Je n’ai pas connu la brutalité physique ou sexuelle, mais l’oppression morale : à fond. Mme Fernandez peut écrire ce qu’elle veut sur « foi et raison », je suis bien placé pour savoir que c’est du pipeau.
Ce livre s’appelle « Mes Bien Chers Frères », et est toujours disponible chez l’Harmattan. Extrait :
Choquerai-je en affirmant que ce cher Juvénat, s'il n'était pas une secte, en avait les caractères ? Alors j'affirme.
Comme dans une secte, nous étions retirés à nos proches. Courrier contrôlé au départ et à l'arrivée, visites autorisées le dimanche après-midi seulement et les parents qui venaient trop souvent étaient secrètement blâmés, vacances amputées, notamment de ces grandes fêtes, Noël et Pâques, qui soudent si bien les familles.
Comme dans une secte, nous étions contraints à un activisme permanent. Prières où la psalmodie monocorde tenait une large part, études fondées sur le rabâchage, travaux ménagers ou jardiniers, tout était bon pour combattre l'Oisiveté, mère de famille nombreuse de tous les vices. Nos jeux étaient contrôlés, toujours en équipes qui s'affrontent, le Bien contre le Mal sans doute ; jamais de petites bandes discrètes, jamais d'apartés. Je repense à ces lignes de boucliers au mur du préau, plats rectangles de métal bleus contre rouges : combats... Même les promenades du dimanche étaient rangées, organisées, et nulle solitude n'était possible. Je n'arrive pas à m'y revoir, perché sur un replat d'ardoise dans les carrières de Retel ou tranquille au bord de l'eau silencieuse d'une mare ombragée au noir miroir ainsi que j'aimerai le faire plus tard. Un jeu revenait souvent : deux équipes se poursuivent et s'arrachent une " vie ", morceau d'étoffé accroché à nos dos. Dans ce Juvénat, on arrachait souvent la vie...
Comme dans une secte, nous étions soumis à une pensée unique pilonnée sans relâche, sans libre examen cette pratique protestante élargie au Siècle des Lumières vomi par nos Maîtres-Penseurs : les Diderot, Rousseau et Voltaire cul par-dessus tête. Je crois même avoir une fois entendu " Sartre ", mais prononcé comme un blasphème, avec des yeux roulés d'indignation. Ils haïssaient les communistes mais ne virent jamais quelle sinistre accointance les unissait pour le contrôle des esprits. Quand on chasse le même gibier, on se mitraille vite. On les révolterait justement en les traitant de fascistes ; pourtant leurs splendides fêtes de Noël avec retraite aux flambeaux et de Pâques autour d'un grand feu au milieu de la cour, trouant la nuit de ses spirales d'étincelles rougeoyantes, vous avaient un arrière-goût de Nuremberg au tout petit pied.
Comme dans une secte, le monde extérieur était dangereux. " Hors de l'Église, point de salut." Me revient cette image de catéchisme en noir et blanc où l'Église était une forteresse battue par les flots. La forteresse, nous y étions, mais ce que je croyais alors refuge s'avéra prison ; les flots rugissants c'était tout le reste : les fillettes perverses à fuir, les camarades dépravés à chasser d'une pieuse colère à
la Saint Jean
Bosco jeune, les lectures licencieuses, les spectacles déshonnêtes et les cohortes impies des sans-Dieu paillards et braillards que nous devrions convertir avec des pincettes eucharistiques. À propos de lectures, apprenez qu'on punaisait à la porte des églises une affiche, jaune mouchard je crois, qui portait classement des publications, de : recommandées jusque : à proscrire, du bien pensant " Coeurs Vaillants " au communiste " Pif le Chien ". À propos de Jean Bosco, apprenez qu'un jour il avait saintement calotté ses camarades déculottés qui voulaient lui apprendre à décalotter, et sous un pont en plus : quel culot !
Cet adolescent au visage en perpétuelle extase dirigeait un cortège de petits saints offerts à notre vénération, chœur angélique né du douteux concubinage de deux obsessions : la mort dans la pureté, Leur vision déformée de l’éternelle jeunesse.
Certes ils n'avaient pas de gourou. Il eût fallu que Leur système soit capable d'engendrer de fortes personnalités, en quoi il n'était pas programmé. Nuançons, il générait des personnalités qu'on qualifiera sobrement de particulières. Il produisit peut-être des " types bien ", sauf que je ne les ai guère croisés. Mais imaginez la plénitude qu'ils auraient pu trouver ailleurs, à l'air libre! Nous étions plutôt sous la coupe d'un anonyme Big Brother à têtes multiples et chercheuses ; il n'en était que plus redoutable.
Certes nous n'avions pas d'uniforme, mais la soutane et sa myriade de boutons verrouilleurs viendrait bientôt.
La soutane. La mode en revient, ici et là. Quel curieux vêtement, efficace et paradoxal. Parfait pour cacher le corps, sa souplesse, ses galbes, et surtout son sexe. Parfait pour l'enfermer, l'empêcher de courir, sauter, en un mot : vivre. Mais d'un noir absolu, de ce noir qui nie toute couleur, ce don de Dieu à la nature, pourtant ; qui attire toute tache sur ceux qui prônent l'idéale pureté ; qui rappelle en obsession la mort chez ceux qui promettent la vie éternelle.
Elle a été remplacée par le clergyman, ou par des tenues plus civiles. Mais enfin, elle peut se porter à l’intérieur du corps.
Connaissez-vous le Râteau ? C’est une technique fort astucieuse pour retrouver une aiguille dans une botte de foin, une montre dans un champ et pourquoi pas un petit poucet dans une forêt, à condition qu’il veuille qu’on le rattrape. Mettons qu’il s’agissait, cette promenade-là, de mon couteau suisse. Frère Grand Jeu dispose en ligne et coude à coude ses juvénistes, qui avancent au coup de sifflet en épluchant lentement le sol à la pointe de leurs pieds. Résultat garanti : l’objet fautif n’échappait jamais à cette inquisition.
Ce juvénat était un immense Râteau.
Pierre-Marie,
J’ai lu votre texte avec intérêt.
Les lecteurs de ce blog vont probablement penser que nous sommes des «bouffeurs de curé». Erreur !
J’ai le plus profond respect pour ceux qui mettent leurs actes en conformité avec leur discours – et leur discours en conformité avec la Loi (telle qu’elle est énoncée dans la Bible, l’Evangile, le Coran).
Certes, dès le départ, il y a un problème majeur : chaque « croyant » fait son « shopping » et prend dans la Loi ce qui l’intéresse et laisse le reste. Michel Onfray en parle fort bien dans son livre.
Je prends l’exemple de «Tu ne tueras pas». Je comprends que l’on puisse être contre l’interruption de grossesse (le problème étant : quand commence la vie ?) mais comment être pour la peine capitale ou comment accepter de faire la guerre ?
Pour ce qui est du discours, comment peut-on faire des discours haineux quand on dit que c’est une religion d’amour ?
Pour les actes, je crois à la vertu de l’exemple. Et c’est là la grande erreur des gens qui nous ont « éduqués ». Il ne suffit pas de faire de grands discours, de parler haut et fort. Il faut être l’exemple.
Justement, je ne mets pas tout le monde dans «le même panier».
Je connais de très nombreux chrétiens, juifs ou musulmans qui mettent leur religion en pratique au service des autres. Tel secrétaire général de préfecture qui, après le coup d’état de Pinochet au Chili a accordé de faux papiers pour que des réfugiés chiliens puissent rester en France – pas Papon ! Et ce ne sont pas du tout des exceptions.
Je connais des hommes et des femmes, «éduqués» dans des écoles religieuses qui n’ont jamais été témoins de ce que nous avons vu. Non pas parce qu’ils avaient les yeux fermés mais parce que ces choses ne se sont pas produites.
Mais affirmer que ce que nous avons vu était l’exception est aussi faux que d’affirmer que c’était le cas général.
ON NE PEUT PAS LAISSER DIRE à MICHEL ONFRAY n'importe quoi.
Onfray a compris qu'il n'avait rien a perdre en écrivant ses pamphlets délétaires et calomnieux.
Il sait que ses elcteurs se jettent sur ses bouquins comme on bouffe un hamburger !
C'est bien que dans notre société de nombreux intelellectuels agrégés de PHILO comme Yves Coq ou Irene Fernadez s'insurgent contre ce bouffon de phobosophe Onfray.
J'ai vu ce type sur un plateau TV Culture et dependances avec FOG .
Il s'est fait remettre en place par Michel Serres et Jacques Attali pour provocations et mensonges.
Onfray s'est fait virer de l'education nationale. C'est un anarchiste coloration marxiste
Salut à tous
Bon, je vais faire simple, j'ai croisé dernièrement l'Archange Gabriel dans un bar de mon quartier, il était dépité et m'a avoué que Dieu n'éxistait pas, qu'il s'agissait d'un complot Sarko-machiste afin que Ségolène ne puisse pas être élue.
Alors, je sais plus quoi faire, j'arrête la messe.
AIMONS NOUS LES UNS SUR LES AUTRES !!
"segolene" 5 Mai 2007
Onfray n'est pas marxiste, il suffit pour s'en convaincre de lire ses oeuvres. Quant à cette discussion avec Attali, le sherpa finit par reconnaitre que d'une part il soutient l'action de Mitchell Onfray ( université populaire, etc) et que d'autre part sa "société idéale" n'aurait guère à voir avec la société libérale actuelle ( quelle cohérence !!!! ). Quant aux niais qui voient dans Onfray un pur coup marketing, je leur rappellerais que l'Eglise ne lésine pas sur les campagnes de communication, y compris sur Internet, pour évangéliser ce qu'il reste de brebis égarées. Onfray, me semble-t-il, en a surtout contre une religion qui, faisant l'apologie du spirituel, s'est installé dans des palais tout ce qu'il y a de plus temporel.